



Waterloo ?
1er mai 1813, plaine de Weisenfells.
Le maréchal Bessières réussit à se traîner jusqu’à l’affût encore fumant d’un canon abandonné par ses servants. Tant bien que mal, il s’adossât à la grande roue de bois et se résolu à examiner ses blessures. Tout le côté gauche de son corps le faisait atrocement souffrir à part sa jambe gauche qu’il traînait comme un poids mort et qui refusait tout usage. La vareuse de son uniforme de la Grande Armée était maculée de sang et de boue. Le côté gauche était en charpie. Il laissait entrevoir, par ses nombreux trous, des blessures terribles. Bessières en contemplant le spectacle de son corps dévasté su qu’il allait mourir sur ce champ de bataille. Il porta la main à son côté et tenta maladroitement de remettre en place ses tripes qui s’étaient échappés pendant qu’il se dégageait de sous son cheval mort et rampait laborieusement jusqu’à ce canon. Un voile noir passa devant ses yeux. Le fracas des combats sembla diminuer d’intensité. La douleur reflua peu à peu. La dernière est venue pensa-t-il. Allait-il se retrouver face à l’être suprême ou le bon dieu qu’il avait aidé à bannir de la république française allait-il lui offrir un ticket gratuit pour l’enfer.
Dans cet instant ultime de lucidité, le maréchal se rappela son enfance à Pressac dans le Quercy, son père s’y était installé comme chirurgien coiffeur. Que n’aurait-il donné pour qu’il soit près de lui en ce sombre instant. Quoique à bien y réfléchir, qu’aurait-il pu bien faire pour soigner les ravages causés par un boulet de canon. Aurait-il pu lui recoudre son bras gauche qui gisait, désarticulé, auprès du cadavre de son cheval ? Aurait-il pu remettre en place toute la barbaque qui lui manquait juste en dessous de son coeur ?
Un dernier spasme de douleur l’arracha à ses souvenirs. Il ouvrit les yeux. Une ombre lui masquait le paysage. Il releva la tête et aperçut la silhouette en contre-jour d’un grenadier prussien. Il tenta de reprendre en main son sabre mais l’arme était trop lourde pour les dernières forces qu’il lui restait. Son bras impuissant retomba lourdement au sol. Il était complètement à la merci de l’ennemi. Le Teuton, voyant que le maréchal ne représentait pas une menace immédiate, sortit lentement sa baïonnette de son étui et la fixa tout aussi lentement
à l’extrémité de son fusil. Il regarda Bessières droit dans les yeux, et, dans un français hésitant aux tonalités gutturales, lui dit :
– Crèves mein kleinien pourriture de francreich !
Il saisit son fusil à deux mains et le levât au-dessus de sa tête. L’arme resta quelques fractions de seconde immobile. L’acier étincelant de la baïonnette envoya un éclair de lumière dans l’œil de Bessières. Puis la pointe de la lame s’abaissa vivement vers lui. Elle pénétra sa chair sans effort. Deux de ses côtes se brisèrent sous la violence de l’impact et le morceau d’acier trempé transperça son cœur de part en part. Il ressortit de son corps meurtri par une ouverture qu’il créa dans son dos et s’enfonça profondément dans la terre allemande. Un pied sur la poitrine du maréchal, le grenadier était en train de tenter de retirer son arme du corps encore agité de frissons de Bessières quand un dragon français passant par-là le décapita à moitié d’un grand revers de sabre. Le corps du prussien s’affaissa sur le maréchal. Bessières, dont le cerveau toujours irrigué fonctionnait encore, le vit tomber vers lui. La tête à moitié arrachée de son assassin atterrit sur sa poitrine. Le visage de ce parfait inconnu fut donc la dernière chose qu’il vit en ce monde. Sa vision se brouilla et s’obscurcit rapidement.
– Maréchal, maréchal !
– Brancardier vite le maréchal est salement touché !
Mais il était déjà trop tard, Bessières ne voyait plus rien, il n’entendait plus rien, il ne sentait plus rien. Dans un dernier souffle il rendit l’âme.
Juin 1815, château de Bamberg en Bavière.
Le prince de Wagram dort d’un sommeil agité. Dans la chambre que le prince Guillaume de Bavière a fait mettre à sa disposition quand il est arrivé après sa fuite de France ou l’Empereur venait de rentrer de l’île d’Elbe, un bon feu de cheminé crépite. Même au mois de juin les nuits sont fraîches en Bavière. Le maréchal Berthier n’arrête pas de s’agiter sur sa couche. Il fait encore et toujours le même rêve. C’est bientôt l’hiver et la Grande Armée stationne depuis quelques jours sur le sol russe. Il est dans la tente de l’Empereur et tente de le convaincre d’en rester là.
– Majesté, ce serait une folie de marcher sur Moscou.
– Je ne vous connaissais pas si défaitistes Berthier répond Napoléon.
– L’hiver approche et il peut être terrible sur les terres du Tsar.
– Voilà que vous devenez frileux mon pauvre ami.
Les autres maréchaux s’esclaffent bruyamment à la répartie de l’Empereur des Français.
– Majesté je vous en conjure ! Abandonnez votre idée, nous courrons droit au désastre.
– Cela suffit maintenant. Garde ! Ramenez cet homme à sa tente et enlevez-lui donc ses étoiles, il n’est plus maréchal.
Le petit homme se retourne vers la carte de la Russie qui est étalée sur son plan de travail et se replonge dans ses calculs stratégiques. Berthier est emmené sans ménagement par deux solides gaillards de la Garde Impériale. Il a beau crié et supplié l’Empereur, ce dernier ne se retourne pas et le maréchal dégradé ne le reverra jamais en tête-à-tête.
– Majesté non…
Berthier se réveille brutalement et se dresse dans son lit. Il transpire abondamment. Il se lève et se dirige vers la carafe d’eau qu’un domestique a déposé hier soir sur une petite table près de la fenêtre grande ouverte. Il va pour s’en emparer quand la porte de sa chambre est violemment repoussée vers l’intérieur. Deux hommes masqués font irruption dans la pièce et se précipitent sur lui. Berthier tente de se jeter vers la chaise ou il a déposé son épée et son habit. Ses deux agresseurs sont les plus rapides. Après une brève bagarre, Berthier est immobilisé par les deux gaillards. Le premier lui tord le bras dans le dos d’une main et de l’autre le réduit au silence en lui pressant sa main gantée sur la bouche. Le second lui tient les jambes fermement et le soulève du sol. Le maintenant ainsi à l’horizontale, les deux hommes forcent le maréchal à passer le torse au-dessus du rebord de la fenêtre.
– Qui êtes-vous ? Qui vous envoie ? A-t-il le temps de leur demander avant de basculer tête la première dans le vide.
Juillet 1824, hospice de Beaune.
Le sieur D’avout était au plus mal. Depuis le petit matin il toussait à s’arracher les poumons. Le mouchoir, au départ immaculé, qu’il pressait sur sa bouche était maintenant complètement rouge du sang qu’il expectorait depuis des heures. Les bonnes sœurs de l’hospice ne lui avaient donné comme remède qu’un simple bouillon de poule et un verre de vin. Franchement pas l’idéal pour lutter contre la tuberculose qui le rongeait inexorablement. Le vieil homme tenta de se redresser pour arranger ses coussins. Il fut prit d’une nouvelle quinte de toux encore plus sévère que d’habitude. Les spasmes lui ôtèrent temporairement le contrôle de son corps et à sa grande honte, il se pissa dessus. De rage il envoya valdinguer à travers la salle commune, le broc d’eau que sœur Hellanya venait gentiment de lui apporter pour sa toilette matinale.
Quelle déchéance pour un maréchal d’Empire pensa-t-il dégoutté. Lui qui avait jouait à cache-cache avec la mort sur tous les champs de bataille du continent, allait mourir dans ce lit minable, oublié de tous dans cet hospice au milieu des pauvres diables et des laissés pour compte de la restauration. Lui qui avait côtoyé Napoléon, l’Empereur de tous les Fran&ccedi
Remonter![]() |
Tags : Catégorie : SF, Fantasy et Terreur Public : Pour Tous Nbre lectures : 353 Label(s) : Aucun License :
|