



///5///l;ais, lui qui avait commandé la Grande Armée et gagné tant de batailles qu’il en avait perdu le compte depuis longtemps, allait être terrassé par la maladie, cet ennemi invisible et mystérieux. Il serait ensuite jeté en terre dans la fosse commune comme le dernier des gueux, à moins que ses avares de neveux ne se résignent à lui payer une inhumation digne de son glorieux passé.
Peut-être que ses administrés de Savigny-sur-Orge auraient pitié de lui ou que son fils, oubliant leurs disputes et leurs désaccords, finirait par venir lui rendre une dernière visite.
Etre le seul maréchal d’Empire invaincu et finir sur cette infamie, quel cruel caprice du destin.
D’avout vit soudain une silhouette de grande taille approcher de son chevet.
– Père comment vous sentez-vous lui demanda son fils en se penchant vers lui.
– Je meurs heureux, puisse que je t’aie revu.
Une dernière quinte de toux lui coupa la parole. Il s’étouffa dans ses propres mictions et rendit son dernier souffle dans les bras de son fils.
Bienvenue sur Tiki IslandDe nous jours, XXVIe siècle. 18 Février 2564 calendrier V-sol universelEn provenance directe du système de Manhattan, le petit chasseur noir de Jack Palmer se posa en douceur sur l'atoll désolé de Chicoungou'Nya. Situé dans l'océan austral de la planète Tiki, cet atoll volcanique était à l'écart des routes touristiques les plus fréquentées de ce monde touristique. Ce morceau de basalte sans la moindre végétation ni eau potable n'attirait pas vraiment les foules. Pas une âme qui vive à moins de 10 000 Kms, ce n'était en vérité, pas une destination dès plus tendance. Où que portait le regard, il n’y avait que fouillis de roches basaltiques et restes de coulées de lave millénaires. Seuls quelques crabes à l’étrange carapace orange semblaient hanter ce lieu désert.
Mais Jack n'était pas venu là pour le paysage. Il approcha son chasseur de la grève, lui fit faire un demi-tour sur place et actionna l'ouverture de la trappe arrière. Il arrêta alors le réacteur, mis tous les systèmes en stand-by et dégrafa son harnais de sécurité. Il se leva de son siège et se dirigea vers le sas. La gravité étant quasiment la même que sur l'ancienne Terre, il se déplaçait sans effort apparent.
Jack était un homme musclé d’une trentaine d’année. Mesurant un mètre quatre vingt neuf pour quatre vingt dix kilos il entretenait régulièrement sa forme dans les centres de musculations de Kadesh-ville. Blond, les cheveux courts, les yeux bleus, il avait un visage aux traits légèrement cocasiens non dénué de charme. Après des études en psychologie et son passage obligatoire de cinq ans dans les forces du Cercle, il avait opté pour le maintien de l’ordre et s’était engagé dans la police. Il était maintenant inspecteur de première classe à la brigade territoriale de Ground Zéro sur Kadesh, la planète capitale du Cercle.
Il émergea de l'appareil et en fit rapidement le tour. Il ne jeta même pas un regard vers le cône du volcan d'où s'échappait pourtant un panache de fumée des plus inquiétant. Il ne remarqua même pas le bruit de respiration qui s'en échappait, ni les minis bombes volcaniques qui étaient régulièrement expulsées du cratère sur son versant sud. Ces blocs en fusion se rejoignaient au sol et formaient une rivière de cendres fumantes qui serpentait lentement vers les eaux du lagon. A son extrémité, les pierres encore chauffées à blanc disparaissaient dans les profondeurs dans des geysers de vapeur et un bruit infernal.
Il actionna le dispositif d'éjection du canot de survie. Celui-ci tomba directement dans l'eau dans une gerbe d'écume. Il sauta dans le vide à sa suite, le rejoint d'un crawl coulé des plus efficace et se hissa à bord. Il pressa son index encore mouillé sur le scanner d'empreinte. L'hydrojet se mit en route sans problème. Il empoigna le gouvernail de l'engin et mis le cap vers le centre du lagon.
Après quelques minutes de navigation, il vérifia sa position sur son Magellan et coupa le moteur. Le canot couru sur son hère pendant quelques mètres et s'immobilisa. L'encre fut éjectée de son compartiment et l'embarcation se laissa bercer par la mini houle du lagon.
Jack enfila sa combinaison de latex noir, chaussa ses palmes, mis en place sa ceinture lestée de plomb, cala sur ses épaules musclées les trois bouteilles d'oxygènes et d'azote. Il vérifia minutieusement les détendeurs. Il régla son chronomètre sur trois heures de plongée. Il enfila son masque, avala l'embout de caoutchouc et se laissa tomber à la renverse dans l'eau turquoise du lagon. Il se retrouva dans un univers bleuté peuplé de poissons multicolores qui l'entouraient de toutes parts. Poissons clown et chirurgiens, mérou et balistes, poissons coffres perroquets semblaient dansé une lente sarabande autour de lui. Il s'enfonça vers les profondeurs laissant la lumière au-dessus de lui. Arrivé au fond du lagon, il suivit un couloir serpentant entre les coraux et les grandes algues bleues. Il frôlait le sommet des anémones et des bénitiers se refermaient à son approche. Une murène le regarda passer, tranquillement caché au fond de sa caverne. Il atteignit enfin la faille. Il s'arrêta un instant, alluma sa torche et bascula dans la sombre ouverture.
Il suivit le tunnel qui s'enfonçait dans le corail sur une centaine de mètre et déboucha dans une vaste grotte. Gisant sur le flanc, un galion reposait dans le silence de ce monde englouti. Il disparaissait presque sous les algues et le corail qui le colonisait. Un petit requin tournoyait autour pourchassant une bonite blessée. Quelques crabes sortaient parfois de la coque déchirée de l'épave. Sur le pont du navire on distinguait les restes de plusieurs squelettes. Des crânes blanchis par le sel fixaient le plongeur de leurs orbites vides.
Le Galion
Flottant entre deux eaux il se rapprocha du bâtiment. D'un battement de palmes expert il se posa sur le pont et poussa la porte d'accès aux ponts inférieurs. Le battant de bois, rongé par plusieurs siècles passés au fond de l’eau ne lui résista pas longtemps. Quelques coups du manche de son couteau de plongée suffirent pour détruire la poignée ainsi que la serrure. Le lourd ventail s’ouvrit vers l’intérieur obscur de l’antique voilier.
Dans le grand silence des profondeurs, seule sa propre respiration résonnait dans ses oreilles aussi fut-il un peu surpris par le bruit étrange qui sortait des entrailles de l’épave. Un raclement mélangé à un tintement. Voila ce que semblaient distinguer ses oreilles. Comme une cloche engloutie sur laquelle le battant aurait été remplacé par des chaînes qui raclaient et frappaient l'instrument au grès des courants. Le son semblait venir de la cale du bateau. Sans hésiter une seconde Jack s'engouffra à l'intérieur du galion. Guidé par les battements sourds et irréguliers de la cloche noyée il déboucha bientôt sur une coursive surplombant la cale. Il se pencha par-dessus la rambarde vermoulue.
Cinq bons mètres en contrebas de sa position instable, des dizaines d'hommes et de femmes étaient enchaînés à la coque du navire. Ils ne portaient aucuns équipements spéciaux et pourtant ils paraissaient bien vivants. Ils étaient entravés à l’aide de chaînes à gros maillons qui leur enserraient les membres et étaient reliés à des anneaux vissés dans le plancher vermoulu de la cale. Un collier métallique entourait leur cou, une chaîne d’un mètre de long y était attachée et flottait dans l’eau noire.
De l'autre coté, une cage gigantesque faite d’acier brillant retenait prisonnier un ver monstrueux et répugnant d'une bonne dizaine de mètre de long. Il était muni de centaine de tentacules sur le pourtour d'une ouverture béante qui devait être sa bouche. Son corps serpentin avait la couleur de la boue, des pustules noirâtres le parsemaient. De certaines coulait un liquide blanchâtre ressemblant à du pus.
Au milieu de la cale, se dressait un autel de marbre noir autour duquel officiaient des prêtres à face de poisson lune revêtus d’une bure noire. En suspension dans l'eau une énorme cloche de bronze semblait