Colin Maillard

Résumé : Dans l'actuelle société hommes et femmes ne se comprennent plus. Certains hommes se tournent vers l'homosexualité, non par envie mais par dépit. Certaines femmes, ni carriéristes, ni féministes n'osent plus devenir ce qu'elles sont. Ces laissés pour compte ne se recherchent même plus car, se sentant exclus des nouvelles moeurs amoureuses, ils ont honte de ce qu'ils sont. Ce livre, tente de les réconcilier avec leurs désirs amoureux hors mode, et de les accepter sans jugement. Le style d'écriture est très "contemporain", caricatural et spontané et se veut humoristique.
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Chapitre 3

- Bonjour, j’ai un recommandé pour vous !

Clémence devait se rendre d’urgence à la très digne (de par sa fonction d’aide aux démunis) et très factice (de par sa fonction d’aide aux démunis) CAF. Si elle voulait toujours percevoir ses 79, 45 euros d’ASF, il fallait agir : c’était écrit noir sur blanc.

La guichetière, toute guillerette (allez savoir pourquoi), plaçait les bénéficiaires en deux rangs, en frappant des mains (elle nous applaudit où quoi ?) :

- Les cas qui nécessitent un entretien : à gauche ! Ceux qui viennent déposer un dossier : à droite !

Puis, après ce superbe effort matinal, elle fit tournoyer sa jupe grenadine à volants, vérifia que ses boucles d’oreilles en perles turquoises qu’elle s’était fabriquées elle-même (si, si, elle avait même donné l’adresse de la nouvelle boutique de création artisanale à Ginette ce matin, pendant la pause café), étaient toujours bien en place et virevolta sur sa chaise dactylo : rock. Enfin, la petite marionnette plaça bien comme il faut la pile énorme de formulaires qu’elle avait à remplir, tout en accueillant « la clientèle » (défaut professionnel : avant elle occupait un emploi de standardiste chez Fleury Nichons). Des bleus, des jaunes, des roses, Youpi ! semblait dire le sourire hilare de la fonctionnaire, que c’est beau la vie ! (Elle n’allait pas nous en faire des confettis tout de même, un peu de tenue !). Allez, c’est parti de 8h15 à 15h 45 sans interruption, passé cette heure, prendre le couloir en face :

- Premier ticket !

Une demoiselle, âge 35 ans, taille 1m75, poids 45 kilos, mais pourtant pas mannequin, s’avança :

- J’ai reçu que 100 euros d’allocation logement ce mois ci !

- Votre numéro d’allocataire ?

- 32526P.

- C’est normal ; vous retravaillez.

- Ça veut dire quoi ? Depuis que je gagne le Smic, je n’ai plus droit à rien ! Presque plus d’allocation logement, plus de droit à la CMU, plus d’aide des Restos du Cœur et il faut que je fasse garder mes gosses en plus. Je suis plus dans la merde que quand j’travaillais pas !

Aussi monocorde que d’autres sont monoparentaux, la guichetière daigna lever les yeux et même battre des cils :

- Je n’y peux rien mademoiselle, moi, je monte les dossiers.

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- Vous en avez rien à foutre, oui ! Vous avez votre bon gros salaire qui tombe tous les mois, vos congés payés bientôt à Saint-Trop’ et pour le réveillon, vous irez où frimer, hein, avec votre treizième mois ? Vous les emmènerez où, faire les beaux sur les pistes de ski, vos gamins, pendant que les miens auront même plus le droit au colis de Noël ?

- Je n’ai pas d’enfants, moi, mademoiselle (et elle en est fière en plus cette pétasse). Prenez un ticket, une assistante sociale va vous recevoir.

La demoiselle vira de la colère au désespoir, laissa tomber son cul, puis ses épaules, sur une des chaises en plastique bleu du premier rang, remuant par la même occasion les trois bourrelets du numéro 44987S et la pomme d’Adam du numéro 65221D. Puis, en regardant le soldat de plomb qui allait l’accueillir, les jambes comme des poteaux où le sang ne circulait plus, subitement déterminée, le regard fou, elle décida de quitter son rang social.

Clémence ne lisait que très rarement les journaux. La situation socio-économique de la France, c’est quand tu rentres ici. La page des faits divers : « Une mère a tué ses enfants avant d’en finir », c’est quand t’as pas trouvé la sortie. « Ce n’est pas encore aujourd’hui que je vais remplir mon dossier », soupira Clémence, en suivant la jeune femme Rue du Gros Horloge :

- Hep, tu vas où là comme ça ?

- …

- Tes gamins, j’veux bien les prendre, je bosse de nuit, t’en as combien ?

La terrasse de la brasserie Flaubert grouillait de petites fourmis touristiques.

- En vacances elles ont l’air de s’ennuyer un peu, tu ne trouves pas ? Si on leur disait que ça ne dure que quinze jours, histoire de leur remonter le moral?

- …

- Regarde ce pauvre gosse, comme il s’ennuie avec son polo Jacadi : « Il ne faut pas se salir ». Regarde le pâlir, en pensant qu’il devra visiter la cathédrale et le musée Jeanne d’Arc cet après midi. Regarde le frémir, à l’idée que plus tard, il ne faudra pas qu’il échoue au concours d’ing&ea


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Les Commentaires

Le 27/04, lilasdu28 a dit :
Je trouve ça bien... Franchement, j'adore (même s'il m'a fallu relire 2 fois chaque pages pour tout saisir!!!)

biz

et bonne continuation

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Catégorie : Littérature et fictions
Public : Adulte
Nbre lectures : 273
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