



///5///ait perplexe. Mais elle continua ses questions.
- Comment as-tu rencontré ta vraie maman ?
- Derrière vitre. Parler.
Cela n'avait ni queue ni tête. Marysla sentit l'énervement la regagner.
- Comment pouvait-elle te parler si elle était derrière la vitre, Lydia ?
- Moi je parle. Elle parle pas. Mais elle là quand même.
Cela ressemblait à une hallucination, à une psychose que le patient aurait développé suite à un choc. Peut-être qu'il était maltraité depuis sa naissance et avait éprouvé le besoin de se créer un ami imaginaire.
Mais cela n'expliquait pas cet âge. Et où le patient avait-il disparu pendant vingt ans, sans grandir ?
***
Marysla fut réveillée au milieu de son sommeil par le communicateur placé à côté de son lit.
- Qu'est-ce qui se passe Marco ? J'espère que tu as une bonne raison.
- Lyd... Le patient vient de faire une crise. C'est assez grave.
Marysla soupira. Ils faisaient quelques progrès depuis quatre jours, et le patient réagissait bien aux liquides nourrissants qu'ils lui donnaient, aux vaccins aussi. Il n'avait eu aucun signe de psychose agressive ou de maladie. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer maintenant ?
- J'arrive. Préparez-moi un rapport.
La petite équipe médicale s'activait autour du patient, mais aucun d'entre eux ne savait vraiment que faire. Ils se contentaient tout au plus de regarder le patient se tordant sur son lit, la bouche ouverte de douleur et pourtant muette. Ils n'osaient même pas le toucher, ne le faisant que pour l'empêcher de tomber du lit.
- Poussez-vous ! Ordonna Marysla en s'approchant.
La chemise que portait le patient était remontée jusqu'à sa taille, dévoilant ses jambes nues et raidies. Les articulations de ses chevilles et de ses genoux étaient rouges et brûlantes.
- Donnez-lui un calmant, immédiatement !
- Quelle dose, docteur ? Demanda un infirmier alors que Marco immobilisait le patient, le maintenant fermement sur son matelas par les épaules.
- Assez pour qu'elle se détende. Et je veux une analyse sur mon bureau dans dix minutes.
Elle ressortit avant d'avoir entendu la réponse de son équipe.
Marco était troublé quand il entra dans son bureau vingt minutes plus tard. Il tendit un feuillet à Marysla.
- Vous n'allez pas le croire, dit-il simplement.
Marysla haussa les épaules.
- Le patient grandit, c'est ça ?
Elle feuilleta simplement l'analyse, qui confirmait ses premières conclusions. Marco était encore plus déstabilisé.
- Vous êtes pâle. Asseyez-vous. La thermos est pleine.
Elle fit pivoter son fauteuil pendant qu'il leur versait deux tasses de café. De son bureau elle avait une vue sur le vide. Peu de gens appréciait ce genre d'ouverture, ressentant inconsciemment la peur, l'angoisse de l'immensité, ou de la simple fêlure dans la vitre. Mais Marysla trouvait ce paysage reposant.
- Comment le saviez-vous ? Demanda Marco après quelques minutes de silence.
- C'est la seule explication logique, commença Marysla. Mais d'abord... Je dois reparler avec le patient. Quand sera-t-il réveillé ?
- D'ici une vingtaine d'heures.
- Bien. Quand il sera réveillé, donnez-lui des feuilles et des crayons de couleur. Je le verrai dans quarante-huit heures. Vous pouvez y aller.
***
- Bonjour Lydia.
Le patient releva la tête de son dessin. Quelqu'un l'avait coiffée, séparant ses cheveux en deux tresses, et elle portait un pantalon kaki replié aux jambes, trop grand pour elle.
- Bonjour docteur.
- Comment vas-tu Lydia ?
Le patient hésita. Il possédait maintenant plus d'expressions faciales. Il semblait de moins en moins étranger à ce monde.
- Encore mal. Pas beaucoup.
- Lydia, veux-tu que je t'explique pourquoi tu as eu mal ? Ca te permettrait de mieux contrôler... la douleur si cela recommence. D'accord ?
- D'accord.
Marysla rapprocha son siège de la vitre.
- Tu vois que les gens autour de toi sont plus grands, n'est-ce pas ? Et qu'ils sont de la même espèce que toi, des êtres humains.
Le patient hocha la tête.
- Eh bien, les enfants comme toi sont petits, mais, avec le temps, ils grandissent de plus en plus, jusqu'à avoir la même taille que les autres gens, les adultes. Normalement, cela se fait doucement, et cela ne fait pas trop mal. Mais toi, tu as arrêté de grandir à un moment donné. Et maintenant, ton corps est en train de recommencer à fonctionner normalement, et à grandir.
- Ca va faire mal ?
- Je ne sais pas Lydia. Je pense que ton corps s'est juste remis en marche, et qu'ensuite tu vas grandir normalement, comme tout le monde.
Le patient sembla accepter cette situation. Marysla espérait que ce serait la bonne. Parce que si le corps du patient décidait d'un coup de rattraper toutes ces années, le patient en mourrait très certainement.
- Lydia, c'est toi qui as fait tous ces dessins ?
Le patient regarda autour d'elle. Même si sa cellule était nettoyée tous les jours, des dizaines de dessins étaient étalées par terre. Elle hocha la tête.
- Tu peux m'en glisser un s'il te plait ?
Marysla attrapa la feuille tendue et passée à travers une mince ouverture de la vitre. Le patient avait représenté son lit, la couverture roulée en boule, la poupée, sa chemise de nuit posée sur le dossier, et une barre de chocolat dans son plastique déchiré. C'était un beau dessin, de quelqu'un qui avait passé peut-être des années à s'exercer.
- Tu dessines beaucoup, Lydia ?
- Oui, répondit le patient, le nez sur une feuille.
- Tu as beaucoup dessiné avec ta maman ?
- Hmhm...
Marysla attendit quelques instant. Le patient avait l'air détendu, fatigué aussi, un peu.
- Lydia, nous allons commencer l'entretien.
Le patient rangea soigneusement son crayon et vint prendre place sur le lit, bien droit.
- Tu ne manges pas ta barre de chocolat ?
- Non. C'est malade.
- Ca "rend" malade.
- Ca rend malade. Je fais juste ça.
Il prit la barre dans la main et la lécha avec un plaisir visible.
- Je vois... Parle-moi de ce qui s'est passé quand la dame t'as enfermée dans la chambre.
- Hm... Je... Maman dans la tête...
Le patient montra son crâne du doigt.
- Parle dans la tête.
- Et tu la voyais ?
- Nan. Mais je sais qu'elle là. Déjà vu un peu. Avant.
- Que s'est-il passé ensuite ?
- Longue punition. J'ai dessiné et parlé avec maman.
- Ensuite...
- Plus de vaisseau. Juste le sol. Et maman.
- Tu as eu peur ?
- Oui. Plus personne. Peur.
- Ton vaisseau a eu un accident, Lydia. Et je pense que ta maman t'a sauvée.
Le patient ne répondit rien, se contentant de se balancer légèrement. Marysla attendit patiemment. Quand le possible ne faisait plus partie des options, alors il restait l'impossible.
- J'avais peur, murmura le patient après un silence. Pas encore maman. Juste... quelque chose qui parlait dans ma tête. Je veux dormir.
- D'accord Lydia. Demain je signerai un papier pour que tu puisses te promener dans le vaisseau.
La patient lui répondit par un mince sourire avant de se cacher dans se couverture.
Marysla en avait appris plus qu'elle n'aurait espéré. Et puis elle commençait à avoir mal à la tête.
Le temps d'arriver à son bureau, la migraine avait tellement empiré que Marysla se laissa tomber dans son fauteuil. Elle ferma aussitôt les yeux.
Un rêve étrange commença alors, une succession de bruits et de souffles étranges, irréels, incompréhensibles. Et ils disparaissaient, devenaient de plus en plus lointains. Marysla tentait de les rattraper sans succès. Mais elle en entendit des bribes, des petits morceaux, des concordances bizarres.
Aussi soudainement qu'elle s'était endormie, Marysla se réveilla. Elle se demanda un moment où elle était, puis reprit ses esprits. Elle devait rédiger son rapport sur le patient X. La quarantaine était finie. Médicalement parlant, elle ne savait pas si le patient allait vivre encore quarante ans ou simplement trois jours, mais il n'était pas malade, et méritait de ne plus loger dans une cage de verre. Mais le rapport ne comprendrait pas d'explications sur son origine, car cela n'avait aucune utilité.
- Docteur ?
- Tu peux entrer Marco.
- Vous avez l'air de bonne humeur aujourd'hui.
Il déposa une thermos et un nouveau dossier sur son bureau.
- Merci.
Son regard dévia vers l'espace à côté d'eux, à l'extérieur. Il n'y avait plus rien là-bas, plus rien du tout. C'était reparti, mais pas avant de s'être assuré que la petite fille éta