06-11-2007 à 10:19

Shana
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Date d'inscription : 06-11-2007
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<moyengrand>Le fardeau de la laideur


Comment accepter que cela soit aussi banal et que cela devienne l’exigence de toute la population ?
Comment imaginer que la norme c’est cela, ce clip vidéo.
Une jeune femme métissée chante en anglais. Elle joue avec un parapluie à la manière d’une danseuse érotique, suggérant des mouvements lascifs.
A demi vêtue, non, il faut corriger, la mesure est trop large ; presque dénudée, quelques centimètres de cuir l’habillent, ou plutôt la moulent. Elle fait des gestes lents à la limite de l’obscénité.
Le spectateur se choque–t’il des ces images ? Elles nous sont si souvent imposées qu’elles finissent par ne plus nous heurter.
Un instant elle se relève en dépliant ses jambes et largement courbée en avant, elle tend sa croupe, comme une invitation claire à la sodomie.
Cent fois j’ai vu ce clip, d’ailleurs, ne sont-ils aujourd’hui pas tous semblables. ? L’érotique, nécessité inébranlable pour vendre une chanson. Peu importe la voix, peu importe le talent, pourvu que la chanteuse fasse gonfler d’aise les hommes et certaines parties de leur corps.
La femme se doit d’être, au minimum, parfaitement belle, et au besoin siliconée, mais en tout cas, elle doit aguicher.
La vie ne m’a pas offert le cadeau de la beauté, elle m’a seulement infligé celui de la laideur.
Le corps est souvent une prison, enfermant une âme totalement opposée à son enveloppe.
Toute mon existence a été un combat pour devenir une femme désirable, à la silhouette mince, aux courbes délicates.
Mais là, sous ma peau, pèsent les rondeurs en trop, les dessins bien trop généreux.
Dès l’enfance, le combat était déjà perdu.
Ne me restait qu’à franchir le parcours laborieux, pour accepter d'être ronde, bien ronde, bien trop ronde.
A ce qu’en disent les psys de toutes sortes, les abus sexuels subis dans l’enfance peuvent donner au physique l’envie de se protéger lui-même et de s’emmitoufler dans une allure empesée pour le rendre inaccessible au désir masculin.
J’aurais préféré que cette carapace de laideur me protège au moment opportun, quand mon grand-père me faisait subir les assauts délirants de ses déviances, lors des premières années de ma vie. Etre grosse aurait peut-être été utile à ce moment là pour éloigner le prédateur.
Cette apparence a longtemps fait obstacle à ce qu’un homme me choisisse, alors que j’attendais ce choix.
Cependant, des amants, j’en ai séduit plusieurs. Peut-être même davantage qu’une fille belle et élancée. Je ne saurais dire pourquoi. L’appétit du partage et du plaisir sans doute.

A travers le regard de ces hommes, sous leurs mains, j'ai commencé à me réconcilier avec ce profil profondément haï.
Mes seins si lourds me remplissaient de honte, tandis qu’eux, mes amants, ne cherchaient qu'à les caresser. Ils se retrouvaient comme des enfants, heureux d'y poser leur bouche. Le sillon palpitant les séparant leur paraissait follement excitant. Sous leurs tendresses, je me demandais comment ils pouvaient désirer autant de chair. En me touchant, ils ne cessaient de me dire qu'ils adoraient une si grosse poitrine, que leur langue ne pouvait s'en séparer.
Comprendre l'homme est une chose si impossible...
Alors, m’est née l’envie de faire connaissance avec ces seins provocateurs de désirs chez certains hommes et si humiliants pour moi.
Car mon esprit retenait davantage la répulsion que je suscitais chez certains, plutôt que l'appétit des autres.
Le matin, je me mis à les caresser un peu, pour les reconnaître, pour me les approprier vraiment, pour apprivoiser mon propre dégoût. Au fil du temps, ce geste m'était devenu familier, puis agréable.
Ils étaient doux, très doux et leur pointe, fermement dressée m'identifiait comme une femme réelle.
Peu importe mes kilos, j’étais une femme. Ce fut un long travail de reconnaissance pour que cette vérité soit installée en moi. Mon buste portait des seins qui pouvaient ne pas être seulement des marques de disgrâce mais bien celles de la féminité.

Il me fallait encore accepter le reste de ce corps trop gros. Ce corps qui ne correspond pas aux attentes des homos sapiens abreuvés d’images de femmes à la plastique parfaite.
Comment faire pour tolérer mes bras tombant en gouttes d'eau, largement trop volumineux, gênants et vilains.
Dans un instant de cajolerie, l'un de mes amants me déclara qu'il ne voudrait pas se trouver ailleurs dans le monde, que là, serré dans mes bras. Dans ces bras détestés.
Merveilleux compliment, chaleur dans toute mon âme.

Chaque matin, le miroir debout près de mon lit me renvoie le spectacle de mon corps nu à son lever. Longtemps, j'ai détourné le regard devant ce ventre ingrat, tellement dodu et repoussant, marqué par mes régimes successifs et inefficaces. Amas de tissu inesthétique.
Puis un soir, après de longs baisers, un homme me déshabilla, et me câlina doucement, sa langue s'attardant sur toutes les vallées de mon être. La fougue me vint et je me mis à embrasser chaque centimètre de sa peau. Il me plaça à nouveau sur le dos et frôlant mon ventre de ses doigts, il me dit qu'il adorait ma sensualité criante.
Quelle phrase merveilleusement guérisseuse ! Mais comment pouvais-je croire une telle parole, il avait été marié, avait fait l'amour à plus d'une femme, et des femmes bien plus désirables que celle que j’étais.
Mais je cessai de me poser cette question lorsqu’il s'allongea au milieu de moi, la tête posée sur mon ventre, comme pour écouter un secret qu'il aurait à lui murmurer. Que l'instant fut doux et que ses mains furent délicieuses à parcourir mon intimité pendant que son visage restait calmement appuyé, sans répulsion, sur l'objet de ma honte : mon abdomen.
Quand je regarde cette partie de mon corps ou que je la touche, je n’ai pas d’amitié pour elle, au contraire, mais les hommes que j'ai connus ont trouvé du plaisir en son refuge. Je sais ainsi que malgré sa difformité et sa laideur, mon ventre est dispensateur de plaisir. Et cela me console de l’injuste laideur.
Plus bas, s'ébauchent mes cuisses. Ces lignes honteuses.
Les cuisses d'une femme peuvent être si élégantes, si fines, mais pas les miennes. Massives, vilaines, pleines de cellulite, je les cache autant que possible.
Pourtant, lorsqu'elles accueillent l'homme attendu, elles savent s'écarter avec tendresse et faire oublier leur répugnance. Elles enveloppent harmonieusement les hanches du prétendant, invité dans ma chaleur humide, et le serrent pour le rendre prisonnier. Prisonnier consentant et heureux.
Elles participent à la joie, et traduisent la gourmandise de l’instant avec générosité.
Par-dessus tous ces membres corpulents, mon visage.
Mes yeux bruns sont peut-être les seuls éléments de ce puzzle qui m’inspirent un soupçon d’indulgence, encore que leurs contours se fassent prendre par les rides du temps. Mais comment juger de ses propres yeux. Nous en connaissons toutes les émotions et toutes les ombres. Pour nous-mêmes, ils ne portent plus de magie.
Mon dernier amant mettait son regard dans le mien, et disait apprécier leur aspect coquin. Plus tard, il m’avoua qu'en tout premier, il était tombé amoureux de mes yeux, puis de mon sourire ensuite.
Ma bouche fine, est cerclée de traits pâles. Le seul homme que j'aie aimé me caressait souvent les lèvres en me disant: "ta bouche est si petite, comment peut-elle me faire des choses aussi belles et me donner autant de plaisir".

Voilà la femme que je suis, aucune grâce d'aucune sorte. Le qualificatif de sexy m’est absolument inaccessible. Aucune chance d’apparaître dans un clip vidéo pour exciter l’envie des hommes !!!
Mais à travers toutes ces rencontres, j'ai compris que la beauté n'est pas gage d'épanouissement pour le partenaire. Et que même opulent, un corps pouvait donner du plaisir et qu'on pouvait avoir envie de le toucher.
Que malgré son embonpoint, il pouvait être aimé, même sans se dandiner, presque nu, autour d’un parapluie…













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06-11-2007 à 13:28

kanard72
Moderateur
Date d'inscription : 18-10-2007
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Salut, cette fiche ne serait-elle pas une composition personnel et au tel cas n'es t-elle pas plaçée au mauvaise endrois. Sinon sur le fond et la forme, il s'agit d'une histoire touchante et je l'éspére sincére.

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